Le week-end dernier avait lieu la 28ième édition du Festival International de Musique actuelle de Victoriaville (FIMAV). Cet événement unique au Québec poursuit sa mission de présenter des concerts et des performances d'artistes d'ici et de partout et ce, dans des conditions d'écoute exceptionnelles.
La définition de «musique actuelle» est large et pointue à la fois: on peut parler aussi de musique nouvelle, musique de création ou expérimentale.
Cette année, contrairement à certaines éditions précédentes, la majorité des prestations étaient rendues par des musiciens et musiciennes qui utilisent des instruments traditionnels qu'il jouent «live». En d'autres mots, les musiques électroniques ou programmées étaient minoritaires. Il y avait donc plusieurs concerts de musique jazz, rock, contemporaine ou folk-post-rock.
J'ai eu la chance d'assister à 10 des 19 prestations qui se déroulaient dans trois salles différentes.

J'ai particulièrement apprécié deux spectacles-concept qui portaient sur un même thème général: «Ten Freedom Summers» de Wadada Leo Smith et «Gens de couleur libres» de Matana Roberts. Le premier célébrait la lutte des Afro-Américains pour la fin de la ségrégation raciale et le deuxième se penchait sur l'histoire douloureuse des mêmes Afro- Américains, particulièrement celle des femmes. Nous avons eu droit à des prestations dirigées hybrides impro-musique écrite livrées par des ensembles solides. Matana Roberts, qui faisait la narration et chantait, était accompagnée par une dizaine de musiciens et musiciennes de Montréal issus pour la plupart de l'étiquette Constellation. Le septuagénaire Smith était accompagné par son Golden Quintet, qui comprend deux batteries. Le tout était complété par des projections vidéos.
L'autre spectacle-concept auquel j'ai assisté était celui de John Zorn, «The Concealed», basé sur certaines traditions mystiques. Comme à l'habitude, Zorn était accompagné par des musiciens exceptionnels tels Joey Baron, Trevor Dunn et Mark Feldman. Par contre, avec les années et les nombreuses prestations du compositeur newyorkais au FIMAV, la surprise s'atténue puisqu'il se cantonne régulièrement dans cette sonorité musicale juive contemporaine. De plus, on s'ennuie de le voir lui-même jouer de son sax sur scène! Apparemment, le concert de la veille, «Nova express», était très enlevant.

Côté rock, le trio Joe Morris, Mike Pride et Jamie Saft ont livré une performance très pesante, mais un peu brouillonne. Le projet «Blixt» a malheureusement été amputé de son membre le plus connu, Bill Laswell, retenu chez lui. Par contre, les deux musiciens scandinaves se sont bien amusés en duo guitare-batterie à livrer une mixture rock-metal-fusion très énergique. De plus, on a eu droit à une prestation surprise solo du vénérable Henry Grimes en première partie.
Pour ce qui est de l'impressionnante cohorte d'artistes locaux, nous avons eu droit à d'excellentes prestations. Jean René, accompagné de Nicolas Caloia, Pierre Tanguay et Josh Zubot, nous a servi ses compos ainsi que de rafraîchissantes interprétations du répertoire actuel de compositeurs québécois tels Jean Derome et René Lussier. Miles Perkin et son quartet nous ont offert une musique de chambre toute en subtilité tandis que, dans un univers opposé, Lucien Francoeur et Vromb ont très bien rendu les pièces de leur album «Avant ailleurs», un mélange réussit de musique électronique et de poésie beat. Ce dernier concert tranchait avec l'ambiance généralement plus réservée du festival alors que Francoeur interpellait directement l'assistance et commentait l'actualité en lien avec l'adoption d'une loi matraque par le gouvernement québécois. Deux membres du groupe Iks, Sylvain Pohu et Pierre Alexandre Tremblay, ont livré une performance électroacoustique plutôt mitigée à l'aide de leur guitare et basse.
Malheureusement, j'ai manqué deux des trois concerts de la «journée» Constellation du dimanche, Esmerine et le Silver Mt. Zion Orchestra.

Finalement, le concert de clôture était assez représentatif de cette 28ième édition du FIMAV: trois monuments du free jazz (Muhal Richard Abrams, Gerges Lewis et Roscoe Mitchell) qui représentent la tradition, mais qui amènent des sonorités modernes tout en livrant une performance minimaliste et cérébrale.
Je m'en voudrais de ne pas mentionner la 3ième édition d'«Installation sonores dans l'espace public», parcours de six œuvres en partie interactives disséminées dans et autour d'un parc du centre-ville. Un bon moyen de sortit la musique actuelle des salles de concert.
On se revoit au Suoni per il popolo dans deux semaines...